logo





« Je le regrette » : mais que peut bien regretter François Hollande ?


logo


Il est tellement contrit qu’il en bégaie, le pauvre homme. Il cherche ses mots, mange des syllabes.

Après la primaire de la droite et du centre, une journaliste demandait à Alain Juppé s’il avait des regrets. Il avait répondu, non sans humour, en chantant : « Non, rien de rien, non, je ne regrette rien. ». François Hollande, lui, bien qu’il voie « la vie en rose » et n’ait pas dédaigné de jouer à « l’homme à la moto » rue du Cirque, n’a pas voulu pousser cette chansonnette-là. Dans le documentaire Moi candidat diffusé mercredi soir sur Canal+, il l’affirme clairement : « Je le regrette… »

Trois semaines avant la fin de son quinquennat, le déserteur de l’Élysée aurait pu, en effet, s’inspirer de Boris Vian plutôt que de Piaf, et entonner gaiement :
Les attentats
La courbe du chômage
L’affair’ Leonarda
Et la loi Taubira…

Nous livrer, en guise de bilan, une « Complainte du regret » en 36 couplets.

Mais on ne peut regretter que des fautes, des erreurs, des échecs. Et, dans l’ensemble, François Hollande est plutôt content de lui. En témoigne ce satisfecit du 18 mars dernier :

« Ma fierté, c’est de pouvoir remettre à mon successeur un pays qui va mieux, un pays plus fort, un pays plus digne, un pays plus soudé et plus cohérent que celui que j’ai trouvé en 2012. »

Mais alors, que peut bien regretter François Hollande ?
De ne pas avoir « raccompagné Nicolas Sarkozy jusqu’à sa voiture » le jour de la passation de pouvoir en 2012 !

Il est tellement contrit qu’il en bégaie, le pauvre homme. Il cherche ses mots, mange des syllabes : c’est un grand moment d’émotion. On voit bien qu’il a de la peine. Du moins pourrait-on le croire si, dans cette tirade, on ne retrouvait pas le François Hollande que l’on ne connaît que trop.

L’homme des demi-mesures : « Je l’ai raccompagné, mais pas jusqu’à sa voiture. » Celui qui, quand il pense, pense mal : « Je pensais que je n’étais pas dans la même relation que celle de Nicolas Sarkozy avec Jacques Chirac, dont il avait été ministre. »
Qui ne veut pas passer pour le goujat qu’il est : « Je le regrette car je ne voulais surtout pas donner le sentiment d’être discourtois. »
Qui n’a pas conscience de ce qu’il fait : « Ce n’était pas du tout l’attitude que je voulais avoir. »
Qui se défausse sans cesse : « Si c’est ce qu’a ressenti Nicolas Sarkozy, c’est qu’il était lui-même sûrement peiné de devoir quitter ainsi l’Élysée. »
Qui ne sait pas parler mais croyait qu’il saurait gouverner : « L’entretien que nous avions eu avait été tout à fait aimable et même avec beaucoup de responsabilité quant aux décisions qui m’attendaient. » Pas une phrase où la suffisance ne le dispute pas à l’insuffisance, le calcul à la maladresse.
Pas un trait ne manque à cet autoportrait involontaire.

Si on ne sait toujours pas à quoi rêvent les jeunes filles, on devine en tout cas à quoi songe François Hollande :
à la manière dont son successeur va débarrasser l’Élysée de son inconsistante et pourtant encombrante personne.
Et si les 70 % de Français mécontents de sa présidence le raccompagnaient jusqu’à sa voiture ?
Histoire d’être sûrs qu’il sera bien parti.


Christine Célérier
crédit:bvoltaire.fr



Acces aux archives de notre site
Accueil